mercredi 23 novembre 2016

Un été à Taranga ( 10 ) - Perspicace

C'est une voisine de mes beaux-parents. Une paysanne entre deux âges à qui il manque quelques dents. Elle me connait depuis longtemps. Elle m'a déjà massé, mais maladroitement : ses bras potelés manquaient de force et elle s'arrêtait souvent pour comparer la peau brune de ses mains avec celle de mon dos. J'étais, avait-elle affirmé, le premier occidental qu'elle voyait en chair et en os. Elle en avait vu beaucoup, avait-elle aussitôt précisé, mais à la télé. J'étais d'ailleurs un beau spécimen des gens de ma race : grand et pâle, le nez parfaitement droit. Mais elle s'interrogeait : tout le monde savait que si les blancs faisaient cette taille c'était à cause des tonnes de victuailles englouties depuis leur plus tendre enfance, alors, pourquoi ce ventre plat ?
Aujourd'hui, dans sa cabane en planches, nous parlons de choses et d'autres. Elle n'arrive pas à se mettre dans la tête que je suis Français et pose toute sorte de questions basiques sur mon pays : le Canada. Lhass se marre, lui répète que nous ne sommes jamais allés là-bas, que nous vivons en France et que ce n'est pas la même chose. En vain. Elle la regarde avec l'air de se dire qu'elle chipote pour pas grand chose.
De temps à autre elle se désole de n'avoir rien à nous offrir : « si j'avais su j'aurais cuisiné. Vous avez fait un long voyage depuis le Canada et je vous accueille tellement mal. »
Nous discutons pendant un bon quart d'heure dans sa langue natale. Puis elle se tourne vers Lhass et lui demande :
- Et au fait, ton mari, il parle indonésien ?

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