mercredi 23 novembre 2016

Un été à Taranga ( 12 ) - Exemple à suivre

Il a perdu son père et sa mère à deux ans d'intervalle. Il est encore jeune pourtant : 22 ans. Au-delà de la souffrance et du manque, on sent bien que pour lui cela signifie aussi beaucoup plus de libertés : il s'est laissé pousser les cheveux dans le cou, écoute de la musique électronique branchouille et parle de se faire tatouer alors que sa religion, l'Islam, l'interdit formellement.
Nous discutons parfois à nos heures perdues. Moi et Lhass sommes pour lui une sorte de modèle : il admire notre look, notre façon de penser libre du carcan mental de la religion et le regard parfois sans tendresse que nous portons sur l'Indonésie.
Il ne sait pas que d'une certaine façon j'aimerais aussi pouvoir l'imiter. Sa patience et sa politesse sont en effet sans limites. Tout l'inverse de mon caractère de connard impulsif.
Dans le magasin de sa famille, une petite épicerie, il accueille les clients d'une voix douce, respecte d'une façon égale les gens riches et les paysans en haillons pourtant parfois rudes. Aucune saute d'humeur quand il est plongé dans la contemplation d'un clip sur son smartphone et qu'on vient l'interrompre en lançant sous son nez un billet d'un montant ridicule pour acheter quelques cigarettes au détail.
Pourtant, ses grands-parents enragent. Il se lève parfois à sept, voire huit heures ! Et que fait-il le soir avec ses amis ? Pourvu qu'il ne prenne pas de drogues ! La police est impitoyable. Davantage que des problèmes de santé ou d'addiction, on redoute une arrestation, le racket des flics et la prison.
Mais je lui fais confiance : depuis qu'il est gosse je lui enfonce dans le crâne qu'il n'a pas le droit à l'erreur, que ce n'est pas l'occident ici. Je lui ai raconté les mésaventures de mes potes javanais à l'ombre pour des joints ou des quantités d'herbe dérisoires. Je pense qu'à force le message est passé.

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