mercredi 23 novembre 2016


Un été à Taranga ( 14 ) - Les grosses narines de Mister

Lorsque je suis à Taranga, j'ai des petits plaisirs. Aller chez le coiffeur en est un. Des coiffeurs, il y en a quatre. Trois sont des « waria », c'est à dire des « wanita pria », des « hommes-femmes », autrement dit des transgenres.
Les « ladyboys » de Taranga sont des grands garçons à la peau tannée, habillés en minettes : débardeurs, mini shorts, pinces à cheveux roses en plastique. Comme ils n'ont pas les moyens de se faire opérer, ils adoptent volontiers, pour compenser, des comportements de grande folle. On se fout souvent d'eux et certains vivent des situations familiales difficiles. Mais au moins, à Taranga, personne ne les insulte ou ne les cogne ...
Une fois, à Pontianak, j'ai été me faire raser le crâne par un trans. Heureusement que Lhass était là. La coiffeuse était subjuguée. Elle trouvait que je ressemblais à Mark, de Westlife, un genre de boys band qui était alors très populaire dans l'Archipel. Ses coups de rasoir maladroits auraient pu me blesser. Ses mains puissantes s'attardaient sur mes épaules et ma poitrine. Je n'ai pas souhaité renouveler l'expérience.
Alors je vais chez le quatrième coiffeur, près du pont, à l'entrée de Taranga. Dans son genre, lui aussi est folklo. Il officie dans une cabane vétuste qui jouxte celle du poissonnier. La première fois que j'y suis allé, il n'était pas là. De sa main pleine de sang et d'écailles, son voisin a désigné le mur : les horaires d'ouverture y étaient inscrits au marqueur, à même les planches, à côté des tarifs.
Je suis revenu à l'heure indiquée, vers quinze heures. Le petit homme était arrivé. Il me fait signe de m'asseoir, mais je m'inquiète d'une chose : à Taranga, les coupures de courant sont quotidiennes et durent souvent plusieurs heures. Comment cela va-t-il se passer si cela se produit en pleine coupe à la tondeuse ? Et le petit coiffeur de me montrer fièrement sa batterie portative.
Coupe à ras, barbe au rasoir à main, épilation des trous de nez et massage de la nuque et des épaules. Le tout en vingt minutes et pour 70 centimes d'euro. J'ai honte de payer aussi peu. Dans l'Indonésie d'aujourd'hui c'est un montant ridicule. Le prix d'un plat de riz et de quelques légumes dans une échoppe pour prolos.
Je rentre, fait part à Lhass de mes états d'âme et lui raconte la séance. Elle se tord de rire :
- Il t'a coupé les poils de nez aux ciseaux ? C'est une histoire qui va faire tout le tour de Taranga ! 

 

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