mercredi 23 novembre 2016

Un été à Taranga ( 17 ) - Eco-logique

La mère de Lhass est une Dayake des collines dont les ancêtres se sont convertis à l'Islam au début du vingtième siècle, peu après les dernières chasses aux têtes. Son père, quant à lui, a des origines Banjar, un peuple de marins, à la fois commerçants et pirates. Même si mon beau-père a passé la plupart de sa vie dans la jungle, cet héritage culturel improbable se voit parfois beaucoup !
Je viens de l'aider à empiler des sacs d'engrais et des cartons d'insecticides dans le petit magasin de la famille et encore ruisselant de sueur, lis les mises en garde relatives à l'utilisation d'un nouveau produit hautement toxique. Il remarque mon air inquiet, s'essuye le front et s'approche :
-Ce produit est très dangereux. Les gens le savent et certains l'achètent justement pour cette raison. Quand les cours d'eau sont au plus bas à cause de la sécheresse, ils tendent des filets en aval et en amont vident des bouteilles de cet herbicide à la place du « tuba », le poison végétal habituel. Les poissons crèvent, mais ceux qui les mangent peuvent tomber malades. La semaine dernière, un gosse est mort empoisonné. On essaye de faire passer le message, mais tu connais les gens d'ici : ils ne veulent rien comprendre …
Le sujet n'est pas facile à aborder en langue indonésienne, mais mon beau-père sait ce que je pense de Bayer et de Monsanto, les multinationales qui produisent la plupart des saloperies qu'il vend. Il a observé, tout autour de lui, l'augmentation fulgurante du nombre de cancers et pense que le développement de cette maladie, qui était autrefois rare à Taranga et en Indonésie, est lié à l'utilisation massive des produits chimiques.
- En réalité, poursuit-il, on peut remplacer tous ces produits nocifs par des décoctions à base de plantes. Tu vois cet herbicide ? On trouve tout ce qu'il faut dans la forêt pour fabriquer aussi bien. Et cet insecticide ? Avec telle plante on peut obtenir des résultats encore meilleurs. Il suffit de … A vrai dire, même les seaux et les cuvettes en plastiques peuvent être remplacés par des sortes de gros fruits évidés et séchés. Les gens faisaient comme ça autrefois, quand on ne trouvait pas encore toutes ces choses à acheter … Et je ne te parle pas de plantes rares, mais d'espèces qui poussent naturellement tout autour de Taranga …
Et mon beau-père de me faire une démonstration éblouissante de ses connaissances sur le sujet. Tout un savoir qu'il emportera malheureusement dans sa tombe, aucun de ses dix petits-enfants n'ayant l'intention de devenir paysan : un métier trop dur, trop ingrat …
- Les Dayaks savent tout cela, continue-t-il, mais ils n'y pensent pas …
- Mais pourquoi ne leur rappelez-vous pas toutes ces choses ? Tout le monde y gagnerait ! tenté-je de le convaincre, enthousiaste.
Mais il y avait une conséquence économico – logique à laquelle je n'avais pas pensé :
- Oui, mais au bout d'un moment, ils ne viendraient plus dans mon magasin …

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