dimanche 11 décembre 2016

Un été à Taranga ( 20 ) - le mal par le mal

Aujourd'hui c'est la fournaise ! Dans les maisons ou dans la forêt, pas un seul endroit ne permet d'y échapper. Et tout le monde le dit : « juste avant que tu arrives à Taranga, il a fait très chaud, c'était terrible ! Mais depuis hier, c'est encore pire ! » Des ouvriers javanais ayant voyagé dans toute l'Indonésie et même au Suriname affirment qu'ils n'ont jamais été confrontés à des températures pareilles. Certes, le thermomètre ne dépasse sans doute pas les quarante degrés, mais Taranga étant pratiquement sur l'équateur, on y respire mal et surtout on y transpire beaucoup, et ce même à l'ombre.
Nous sommes au début de l'après-midi, ce qui correspond aux heures les plus brûlantes de la journée. Pas de pluie en vue, juste des nuages blancs qui glissent dans le ciel délavé avec une lenteur désespérante. Contrées torrides. Chaleur surréaliste. L'enfer ! Les gens sont vautrés à l'intérieur des baraques, les bras en croix, allongés à même le carrelage :  « panassssss ! … Il fait chaud ! » gémissent-ils tous. Je ne bouge pas, mais dégouline et trempe mes fringues. Je ne peux m'empêcher de penser à la Normandie. Les plages de la Mer de Chine du Sud ? En de telles circonstances, celles de ma Normandie natale dégagent un érotisme plus probant ! Ma fortune, mon empire pour piquer une tête dans les eaux fraîches de La Manche !
L'heure tourne. Vais-je attendre encore longtemps un orage qui de toute façon ne viendra pas ? Vais-je rester là à souffrir jusqu'à la tombée de la nuit qui promet d'être étouffante ? Niet ! Je bondis sur mes pieds, bien décidé à en découdre ! On a l'impression que le soleil a réussi à dessécher l'atmosphère. Le temps est donc propice à un grand coup de ménage. A l'intérieur de la baraque, les poubelles dégueulent. Les alentours immédiats, eux, sont jonchés de détritus balancés par la famille ou par des clients de l'épicerie … J'annonce à Lhass que je vais carboniser toutes ces ordures. Elle me traite de fou : « il fait trop chaud ! Tu vas tomber dans les vapes ! Attends le crépuscule ! » Mais quand j'ai une idée dans la caboche …
J'allume un grand feu dans les herbes folles entre la maison et l'église catholique qui la jouxte. La main enveloppée dans un sac plastique, je ramasse tout ce qui traîne : bouteilles, papiers, cartons, canettes, sacs en plastoque … Je jette tout dans les flammes. Quand je m'éloigne du brasier, l'air me semble agréablement frais. Pour tout dire, je frissonnerais presque. Un comble !
Les gens me regardent m'agiter, balayer, ratisser l'herbe et vider les corbeilles directement dans le bûcher. On doit penser que le climat a eu raison de ma santé mentale ...

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